gspr

Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive

Ecole des hautes études en scienes sociales

Olivier Caïra

Soutenance de thèse, Octobre 2007

Les contre-allées de l'expérience. Une sociologie comparative de l'engagement fictionnel

Thèse de sociologie préparée sous la direction de M. Francis Chateauraynaud (GSPR-EHESS) et défendue le 2 octobre 2007 à 14h au 96 Bd Raspail, 75006 Paris devant un jury composé de :
- Jean-Marie Schaeffer (CRAL-EHESS), président
- Jean-Loup Bourget (ENS), rapporteur
- Françoise Lavocat (Paris VII), rapporteur
- Sabine Chalvon-Demersay (CEMS-EHESS)
- Francis Chateauraynaud (GSPR-EHESS)
- Bruno Faidutti (professeur agrégé de sciences sociales et auteur de jeux)


Résumé

Le but de cette recherche est de proposer une définition unifiée de la fiction et une grille d'analyse des formes d'engagement qu'elle suscite, afin de permettre l'étude comparative d'expériences d'ordinaire disjointes : littérature, cinéma, théâtre, jeux de rôle, jeux vidéo, exercices, fictions philosophiques ou mathématiques, etc.

Le texte s'organise en trois temps :

Partant des grandes traditions théoriques (ontologique, formelle, pragmatique, cognitive), l'auteur formule une définition de la fiction qui exclut toute référence à la représentation, à la narration, au langage et à la logique, pour se concentrer sur la levée des contraintes de preuve. Preuve par recoupement dans le cas des fictions mimétiques telles que le roman ou le film, preuve par isomorphisme dans le cas des univers axiomatiques tels que le jeu d'échecs ou le marienbad. Entre ces deux pôles apparaît une famille de fictions méconnue : les jeux de simulation, qui lient la visée mimétique (monde à simuler) à un moteur axiomatique (système simulant ce monde).

L'expérience de la fiction ne se résume pas à la seule composante de l'immersion. Partant de nombreux exemples concrets, l'auteur propose une méthode d'analyse de l'engagement dans laquelle cinq questions se posent de manière systématique : celle de l'accès au cadre fictionnel, celle de la navigation qu'il rend possible, celle des configurations sociales auxquelles il renvoie, celle de la réflexivité qui s'y manifeste et celle de l'esthétique que les acteurs lui appliquent. Pour chacune de ces questions, la tripartition entre fictions mimétiques, jeux de simulation et axiomatiques autonomes s'avère essentielle : le programme comparatif n'est pas une entreprise de nivellement des différences entre ces trois grandes formes de l'engagement.

La définition de la fiction et la méthode d'analyse de l'engagement sont enfin confrontées à des dossiers sociologiques complexes, dans lesquels le cadre fictionnel fait l'objet d'une querelle publique. Des procès littéraires du XIXe siècle aux controverses sur les jeux vidéo contemporains, le choix des études de cas reflète la démarche comparative et permet d'aborder des thèmes rarement traités dans l'histoire de la censure : celui des modèles permettant de décrire une relation d'emprise par la fiction, celui des désaccords sur la fictionalité même de certaines œuvres, et celui des représentations de l'engagement qui sous-tendent le discours censorial.