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Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive

Ecole des hautes études en scienes sociales

Affaire Garrigou

16 février 2010

L'appel des 100

Tu critiques ? Gare au procès !
Appel au soutien d'Alain Garrigou, professeur de science politique à l'Université Paris-Ouest Nanterre

Insidieusement, dans la guerre des idées, un nouveau procédé devient « monnaie courante ». Il consiste à entamer des procédures judiciaires – quelles que soient leurs chances de succès – contre les intellectuels ou les journalistes qui dérangent. Alors, direction le tribunal ! Avec ceux qui les publient.

Ensuite, il est toujours temps de se dédire. Comme l'a fait Natixis à l'égard de Mediapart, « coupable » d'avoir diffusé un article accusant la banque d'avoir rémunéré François Pérol, secrétaire-adjoint de l'Elysée (avant de prendre la direction de Caisse d'Epargne-Banque Populaire), pour son action dans la société Rothschild et associés. Les plaintes furent retirées. Qu'importe, Mediapart avait dû payer les frais de défense.

La plainte pour diffamation publique, déposée par M. Patrick Buisson contre Alain Garrigou, a la même fonction : intimider. Engager ceux qui voudraient « l'ouvrir », à se censurer, les inviter vivement à « tourner sept fois la langue dans sa bouche ». Surtout s'il s'agit d'analyser comment l'Elysée procède.

En tapant au portefeuille. M. Buisson réclame, pour son honneur « bafoué », 100 000 euros de dommages et intérêts, une provision de 15 000 euros pour chacun des quatre médias censé publier le jugement et, bien sûr, la condamnation aux dépens. Rien de moins ! Les frais de M. Patrick Buisson seront payés par le contribuable puisqu'il perçoit 11 900 euros par mois, comme conseiller du Président. En 2008, sa société Publifact a reçu 1,6 millions d'euros, de l'Elysée toujours.

Quel est l'objet de cette plainte ? Une opinion intolérable, invraisemblable, vraiment ! A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et considérant les listings des sondages de l'Elysée publiés le 6 novembre, Alain Garrigou, professeur de science politique à l'Université Paris-Ouest, spécialiste des sondages, avait eu l'audace de déclarer : « L'Elysée défend le choix d'OpinionWay par Patrick Buisson [directeur de Publifact et conseiller du Président, ndlr] pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont surtout réputés pour être moins chers ! Pourquoi l'Elysée paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c'est un escroc, soit c'est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. ».

Cette explication, à coup sûr, mérite procès. Comparution immédiate, presque. Rien, certainement, n'est plus grave.

La plainte de P. Buisson vise évidemment à faire un exemple. Récemment, des chercheurs ont été la cible de ce type d'attaques : Olivier Filleule, Vincent Geisser, Isabelle Sommier. Cette fois, l'attaque vient de plus « haut ». Demain, à qui le tour ? Qui doit décider des territoires autorisés aux scientifiques, aux écrivains, aux journalistes ? Qui doit décider des appréciations qu'ils tirent de leurs enquêtes ? Les tribunaux ? Sartre aurait été condamné cent fois, Foucault, cent fois, Bourdieu tout autant.

« Tu enquêtes, tu critiques ? Gare au procès ! ». Collectivement, nous le refusons. Collectivement, nous reprenons à notre compte – au mot près – les propos d'Alain Garrigou.


Signataires de l'appel des 100

Alain Accardo (sociologue, université Bordeaux III) – Jean-Christophe Angaut (philosophe, Ecole Normale Supérieure) - Mathieu Bara (sociologue, université Bordeaux IV) – Christophe Baticle (sociologue, université de Picardie Jules Verne) – Francine Bavay (vice présidente du Conseil Régional d'Ile de France) – Eric Beynel (porte-parole national de l'union syndicale Solidaires) – Laurent Bonelli (politiste, université Paris Ouest – Nanterre) – Jacques Bidet (professeur de philosophie, université Paris Ouest Nanterre) – Noelle Burgi (chercheure en science politique, CNRS) – Leila Chaibi (co-présidente de la Fondation Copernic) – Véronique Champeil-Desplats (professeur de droit public, université Paris Ouest-Nanterre) – Stéphane Chantegros (sociologue, CRESPA Limoges) – Antonin Cohen (politiste, université de Picardie Jules Verne) – Annie Collovald (professeure de sociologie, université de Nantes) – Philippe Corcuff (politiste, IEP de Lyon, conseil scientifique d'ATTAC) – Jacques Defrance (professeur de sociologie, université Paris Ouest Nanterre) – Jean-Luc Deshayes (sociologue, université de Nancy) – Paul Dirkx (sociologue, université Nancy II) – Keith Dixon (professeur de Civilisation britannique à l'université Lumière Lyon II) – Vincent Dubois (professeur de sociologie et science politique, Institut d'études politiques de Strasbourg et Institut Universitaire de France) – Stéphane Dufoix (sociologue, membre de l'Institut Universitaire de France) – Cedric Durand (économiste, université Paris XIII) – Hervé Fayat (professeur de sciences économiques et sociales, Fondation Copernic) – Jean Ferrette (professeur de sciences économiques et sociales) – Gérard Filoche (inspecteur du travail, CN du Parti Socialiste) – Julien Fretel (professeur de Science Politique, président de l'AECSP, université Picardie Jules Verne, Sciences Po Lille) – Sandrine Garcia (sociologue, université Paris IX – Dauphine) – Delphine Gardey (professeure de sociologie, université Versailles St Quentin en Yvelines) - Bertrand Geay (professeur de sociologie, université de Picardie – Jules Verne) – Dominique Glasman (professeur de sociologie, université de Savoie) – Stéphane Guillemarre (professeur de philosophie, co-secrétaire de la Fondation Copernic) – Françoise Guillou (diététicienne) – Jean-Marie Harribey (économiste, université Bordeaux IV) – Mathieu Hély (sociologue, université Paris Ouest Nanterre) – Michel Husson (économiste, conseil scientifique d'ATTAC) – Bruno Jetin (économiste, université Paris Nord) – Samuel Johsua (professeur émérite en sciences de l'éducation, université de Haute-Provence) – Nicolas Jounin (sociologue, Université Paris VIII) – Michel Koebel (sociologue, université de Strasbourg) – Bernard Lacroix (professeur de science politique, membre de l'Institut Universitaire de France) – Stéphane Lavignotte (pasteur, théologien) – Rémi Lefebvre (professeur de science politique, université Lille II) – Frédéric Lebaron (professeur de sociologie, membre de l'Institut Universitaire de France) – Francis Lebon (sociologue, université Paris XII) – Brigitte Le Grignou (professeure de science politique, université Paris Dauphine) – Patrick Lehingue (professeur de science politique, université de Picardie-Jules Verne) – Jacques Le Bohec (professeur de sciences de la communication, université Lyon II) – Stéphane Le Lay (sociologue, revue Mouvements) – Claire Le Strat (politiste, université Paris ouest-Nanterre) – Catherine Lévy (sociologue) – Frédéric Lordon (sociologue, CNRS) – Jean Malifaud (mathématicien, Paris VII, secrétaire national du Snesup – FSU) – Antoine Math (économiste, Ires) – Lilian Mathieu (sociologue, CNRS) – Olivier Masclet (sociologue, université Paris V) – Gérard Mauger (sociologue, CSE-CNRS) – Dominique Merllié (sociologue, EHESS) – Olivier Michel (professeur d'informatique, université Paris XII) – Corinne Nativel (géographe, université de Besançon) – Frédéric Neyrat (sociologue, université de Limoges) – Gérard Noiriel (historien, directeur d'études à l'EHESS) – Fabienne Pavis (sociologue, université de Nantes) – Willy Pelletier (sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic) – Claude Pennetier (historien, CNRS-CHS, Paris I) – Jean-Marie Pernot (chercheur en sciences politiques, Ires) – Roland Pfefferkorn (professeur de sociologie, université de Strasbourg) – Louis Pinto (sociologue, CSE-CNRS) – Bernard Pudal (professeur de science politique, université Paris Ouest-Nanterre) – Gilbert Quelennec (musicien) – Emmanuel Renault (philosophe, Ecole Normale Supérieure) – Emmanuelle Reungoat (doctorante en Science politique, Université Paris 1, CESSP) – Philippe Riutort (professeur de sciences sociales, lycée Henri IV) – Violaine Roussel (professeur de sociologie, université Paris VIII) – Thomas Sauvadet (sociologue, CERMES) – Nicolas Sembel (sociologue, université Bordeaux II) – Arnault Skornicki (politiste, université Paris Ouest Nanterre) – Patrick Simon (sociodémographe, Ined) – Luce Sommier (puéricultrice) – Charles Soulié (sociologue, université Paris VIII) – Annie Thébaud-Mony (sociologue, Inserm) – Sylvie Tissot (sociologue, université de Strasbourg) – Jacques Tolédano (président d'ETICITE) – Josette Trat (sociologue, université Paris VIII) – Jérôme Valluy (politiste, université Paris I) – Christophe Voillot (politiste, université Paris Ouest-Nanterre) - Louis Weber (ancien président de l'Institut de Recherche de la FSU, rédaction de Savoir/Agir) – Loïc Wacquant (professeur de sociologie, université de Californie – Berkeley) – Tanguy Wuillème (enseignant chercheur en sciences de l'information et de la communication, université Nancy II) – Jean-Pierre Zirotti (professeur de sociologie, université de Nice-Sophia Antipolis)


Communiqué de l'Association des Enseignants et Chercheurs de Science Politique (AESP)

La science politique chassée sur ses terres !

Alain Garrigou, professeur de science politique à l'Université Paris X Nanterre, spécialiste de sociologie électorale, vient de se voir assigné pour diffamation publique par l'un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Ce dernier lui reproche d'avoir tenu des propos diffamants qu'un journaliste du quotidien Libération a rapporté dans un article daté du 6 novembre 2009 consacré aux relations entre l'Elysée, la société Publifact, dirigée par Patrick Buisson, et l'entreprise de sondage OpinionWay. Cette plainte, qui a pour but de fragiliser financièrement notre collègue, est scandaleuse et particulièrement inquiétante. En effet, Patrick Buisson, qui s'autoproclame « politologue », en usant du droit d'ester en justice attente à la liberté de pensée et de recherche d'un professeur d'université reconnu, lui, par ses pairs spécialistes de science politique . Il s'agit purement et simplement d'intimidation visant à interdire à un spécialiste de la vie politique de continuer d'explorer avec rigueur et méthode le terrain de recherche que constituent la fabrique et l'interprétation des sondages dans notre démocratie. Par cette pression judiciaire, en fait, Alain Garrigou se voit dénié le droit de faire son métier de scientifique.

L'Association des Enseignants et Chercheurs de Science Politique (AECSP) est indignée de voir les travaux des scientifiques mis en question par des professionnels de la politique. Elle s'inquiète du danger que représentent les pressions des entreprises commerciales de sondage à l'encontre de ceux dont la vocation est de les observer et, si nécessaire, de rappeler ce que sont les règles élémentaires de la méthodologie.

L'AECSP appelle tous les politistes et tous les chercheurs français et internationaux à soutenir leur collègue Alain Garrigou.

Voir également le communiqué de l'AESP paru dans Libération le 15/02/2010


Communiqué de l'Association Française de Science Politique (AFSP)

7 janvier 2010

Dans nos métiers, ceux de la recherche et de l'enseignement, nous sommes amenés à travailler sur des sujets souvent sensibles (le populisme, l'extrême droite, les violences politiques, les usages sociaux des sondages...) qui amènent parfois les acteurs politiques ou médiatiques concernés à réagir fortement aux protocoles méthodologiques mis en œuvre et aux résultats scientifiques énoncés. L'actualité récente, que l'on songe à la condamnation finalement (et heureusement) non confirmée en dernière instance d'Isabelle Sommier, de Xavier Crettiez et de Juan J. Torreiro l'année dernière ou récemment à la procédure judiciaire qui vise Alain Garrigou [en savoir plus]), voit se multiplier les procédures judiciaires et parfois disciplinaires [en savoir plus].

L'Association Française de Science Politique s'inquiète de cette judiciarisation croissante des controverses en sciences sociales et politiques. Face à la multiplication des actions judiciaires ou disciplinaires visant des enseignants et chercheurs spécialistes de la vie politique contemporaine, l'AFSP rappelle que, comme celle de la presse, la « liberté scientifique ne s'use que si l'on ne s'en sert pas ». Elle appelle tous ses membres à se montrer vigilants vis-à-vis de ces procédures qui pourraient menacer à terme notre liberté d'intervention dans l'espace public et médiatique. En lançant en septembre dernier une réflexion collective sur l'éthique de nos pratiques professionnelles [http://forumethique-afsp.over-blog.fr/], l'Association entend aussi montrer que notre communauté possède en elle-même les ressources susceptibles de construire collectivement un mode d'intervention maîtrisé dans l'espace public.

L'Association Belge de Science Politique pour la Communauté française (ABSP-CF) partage nos préoccupations et s'associe à ce communiqué.


Assemblée générale de la section syndicale SNESup de Paris-Ouest Nanterre

Texte voté à l'unanimité

Nanterre, le 11 janvier 2010

La section du SNESup de l'université Paris-Ouest Nanterre :

1/ s'inquiète des multiples tentatives d'intimidation dont sont aujourd'hui victimes les enseignants-chercheurs dès lors qu'ils ne s'inscrivent pas dans la doxa gouvernementale ;

2/ apporte son soutien à Alain Garrigou, professeur de science politique à l'université Paris-Ouest Nanterre, injustement attaqué en diffamation pour des propos tenus dans un organe de presse et qui relèvent du libre exercice du métier d'enseignant-chercheur ;

3/ demande l'arrêt de toutes les procédures judiciaires engagées contre lui.

Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH)

« Le Mépris pour le monde universitaire et les menaces sur la liberté d'expression s'accentuent. Patrick Buisson, responsable de la chaîne Histoire, ex directeur du journal d'extrême-droite Minute et aujourd'hui conseiller spécial de l'Elysée porte plainte pour diffamation contre le politiste Alain Garrigou pour des propos tenus en novembre 2009 dans le journal Libération. Le CVUH s'associe au mouvement de soutien à notre collègue. Les documents ci-joint prouvent le mépris de plus en plus décomplexé du gouvernement à l'égard du monde intellectuel. Il convient donc d'accentuer la vigilance vis à vis de toute forme de censure propre aux régimes de droite dure qui s'octroient les services d'un homme assumant vertement son héritage catholique traditionnel et contre-révolutionnaire. Les document ci-dessous font le point sur l'affaire en question. »